Au pays de la corruption

07/02/2014 14:36 par perekjean

Au pays de la corruption

 

L'affaire a fait beaucoup de bruits. Des journalistes ivoiriens qui tentent de corrompre un des leurs. Ils ont été missionnés par une ministre de la république pour tenter d'obtenir, contre espèce sonnante et trébuchante, une «trêve» auprès de ce collègue à propos d'une magouille dans les caisses de l'Etat au détriment du contribuable ivoirien. La circonstance qui aggrave cette affaire de tentative de corruption -même si le cas n'est pas nouveau- est qu'il s'agit fort bien de personnalités du pays; une ministre de la république et des journalistes dont un est le président de tous les journalistes de Côte d'Ivoire. Plein d'amertume, je me suis demandé comment les journalistes de mon pays ont-ils pu confier leur sort à l'un d'entre eux dont la rigueur morale est aussi ténue. Comment ces hommes et femmes que j'aime bien et que je respecte pour leur rigueur et vigilance intellectuelles ont-ils pu manquer de vigilance eux qui sont toujours prêts à brocarder les hommes politiques? Au-delà de mes préoccupations, se pose rigoureusement le problème de la corruption dans la société ivoirienne. Il n'y a aucun doute que notre société est foncièrement corrompue, depuis le sommet de l'Etat jusqu'au plus petit service de l'administration publique ou privée. A tous les échelons, se côtoient quotidiennement et merveilleusement bien corrupteurs et corrompus. Dans ce vacarme corrupteur, les uns, à qui mieux mieux tentent, sans aucun scrupule, de séduire les autres. Il n' y a pas un seul service de notre administration qui échappe à la gangrène corruptrice. Présidence, ministères, tribunaux, police, gendarmerie, armée, mairies, sous-préfectures, préfectures, universités, lycées, collèges, hôpitaux, tout est miné et infecté par les corrupteurs et les corrompus. Tous les pouvoirs qui se succèdent les favorisent et en dehors des déclarations de façade pour faire plaisir aux investisseurs, le système se ramifie et se perfectionne davantage au fil des ans. Chaque pouvoir a sa façon d'organiser son système. Il en établit ses critères, ses principes et en choisit ses hommes. Mais tous ont le même objectif: la perfection scientifique de la corruption. A quoi peut servir le corps quand la tête est pourrie?

J'ai lu un jour cet écriteau ahurissant sur un Woro-woro à Daloa: «C'est pas diplôme qui compte c'est connaissance». Cet écriteau résume à lui tout seul cette pratique mafieuse qu'est la corruption en Côte d'Ivoire. Les statistiques dans ce domaine sont vraiment effroyables et inquiétantes: dans le classement de la Fondation Mo Ibrahim sur la gouvernance africaine en 2013, la Côte d'Ivoire occupe le 44è rang sur 52 pays. Dans la sous région Cedeao, notre administration occupe la 15è place sur les 16 pays de la zone. Transparency International classe notre pays au 166è rang sur 177 pays classés dans le monde. Et dans l'espace Uemoa, nous occupons la dernière place: 8è sur 8. Le bilan est à la fois triste et honteux. Mais on peut le comprendre aisément. En effet, quand on a fait pendant deux décennies le pied de grue devant le palais présidentiel dans l'intention d'y occuper par tous les moyens le fauteuil qui s'y trouve et quand on réussit à y pénétrer sous escorte des bombes démocratiques, on ne peut que parvenir à ce sombre et honteux bilan malgré l'opération de communication et de charme qu'on exhibe intempestivement et bruyamment aux Ivoiriens pour leur cacher la détresse et la misère morale. Donc, dans l'état actuel de la gouvernance dans notre pays, nous devons savoir que la corruption n'a pas émergé ex nihilo. Quand on accède au pouvoir par les armes, la corruption n'est jamais loin dans la gestion des affaires de l'Etat, arme et corruption faisant bon ménage. Et constatons aussi que le «rattrapage ethnique» érigé en règle de gouvernement par les autorités du palais ivoire ne peut être que le vecteur favorisant la corruption qui vient d'être mise à nu par le fait que nous évoquions au début de cette réflexion. Tous les membres du clan veulent manger, surtout que les griots de service nous chantent à longueur de discours que la soupe est désormais abondante. Et chacun y va par ses moyens et par ses forces en comptant sur la bénédiction du chef.

Ainsi, petit à petit, et à sa manière, notre pays avance vers son «émergence» qu'on nous a promis pour très bientôt et à laquelle beaucoup, naïvement y croient. Mais si cela devrait vraiment arrivé, notre progrès serait atypique dans l'histoire des pays émergents: une monnaie de colonie, une économie de colonie et de prédateurs tranchants, un pouvoir corrompu, des dozos qui traumatisent la population, des journalistes qui se transforment en bras corrupteurs des hommes au pouvoir!

Tant qu'on n'aura pas compris ici que la corruption est le premier obstacle contre le développement et que par conséquent les autorités – si tant est qu'elles ont encore de l'autorité - doivent prendre des mesures draconiennes pour la prévenir ou la sanctionner, nous serons toujours les derniers de la classe. Pour ne pas comprendre cela, il faut avoir été abasourdi par le bruit des armes qui ont conduit au pouvoir.

 

Homosexualité à Abidjan: danger contre la jeunesse ivoirienne

30/01/2014 23:02 par perekjean

 

Homosexualité à Abidjan: danger contre la jeunesse ivoirienne

«Ce n'est plus facile d'avoir un homme pour sa vie. Voir des hommes sortir avec d'autres hommes, ce n'est pas normal. Ça ne nous arrange pas», ainsi commençait l'article relatif à la révolte contre les homosexuels dans un quartier d'Abidjan dans le quotidien Notre voie du lundi 27 janvier 2014, page 8. Au-delà de la simple question «d'arrangement» dont parle cette femme, avec l’homosexualité posons la vraie question qui soutient sa pratique qui est plutôt une question de morale, de dignité, de vertu et d'honneur. Savoir qu'un sous quartier d'Abidjan est pris en otage par les homosexuels, cela me donne la chair de poule et même froid dans le dos. Dans une récente réflexion partagée dans cette même rubrique et qui était relative à la loi sur le mariage des homosexuels votée en France, abusivement appelée «Mariage pour tous», j'avais attiré notre attention en écrivant:«Que feront aujourd’hui nos gouvernants, si prompts à quémander l’aide financière française, si cette aide devrait désormais être conditionnée par la reconnaissance officielle des droits des homosexuels français qui vivent aussi chez nous en nombre pléthorique? Il y a peu, David Cameron avait exigé cela aux pays africains attachés à sa soupe. Heureusement, le grand Mugabe l’a traité de «porc» et de «chien». Il y a donc urgence! Il nous faut nous battre, pour nous qui croyons encore avoir quelques valeurs éthiques à protéger, pour s’opposer à cette loi qui nous guette.»

Dans cette logique, je le dis tout net: l'homosexualité est une perversité, une maladie, un crime contre l'amour et contre la nature. Elle est une déviation de la pire espèce. Être homosexuel en Afrique, c'est refuser de rentrer dans la ligne vertueuse de l'amour tracée pour nous par nos Ancêtres depuis des temps immémoriaux et qui permet depuis toujours la survie de notre race. «Des garçons qu'on voit au marché en train de se faire tresser les cheveux. Des garçons qui portent des soutiens-gorges, qui posent de faux cils, qui se font vernir les ongles, nous n'en voulons pas. Ils s'embrassent en pleine rue...», révèle l'article. Allez parler d'homme qui couche avec un autre homme à nos parents au village et ils vous montreront de quel bois ils se chauffent! Un ami mien m'a dit un jour non sans humour que «l'homosexualité c'est barbe contre barbe, moustache contre moustache, fesse dure contre fesse dure». Quelle histoire! Cette chose horrible et scandaleuse que nous avions regardée et considérée longtemps comme une «affaire des Blancs» a fait bruyamment irruption dans notre société ivoirienne d'aujourd'hui, surtout dans le milieu des jeunes.

Il est inconcevable qu'aujourd'hui où l'espèce humaine se vante de sa civilisation et de sa mondialisation tous azimuts, l'on inverse, sous de fallacieux prétextes, les vraies relations entre l'homme et la femme en la substituant pitoyablement à une perversité qu'on s'égosille à nommer et à présenter comme une relation normale. La motivation réelle de la pratique homosexuelle chez nous comme ailleurs est un déni de l'amour, une banalisation sans scrupule du sexe, une dévalorisation à grande échelle de l'acte sexuel voulu par la nature. De façon plus générale, quoi qu'on dise, l'homosexualité est le signe manifeste de la piteuse déchéance de notre humanité. L'espèce humaine est en danger. Les Ivoiriens le sont aussi. Cette ong dénommée «Alternative Côte d'Ivoire» est une gangrène qui va pervertir sexuellement nos jeunes gens en s'infiltrant malicieusement dans l'ensemble de la société. D'ailleurs, que veut-elle alterner? Le naturel et le pervers? Le pur et l'impur? Son existence ne doit pas être justifiée par la liberté d'association. Une liberté d'association qui détruit perfidement notre jeunesse devient un poison qu'on doit extraire de notre société. De plus, le simple fait que cette association reçoive un financement de l'ambassade de France dans notre pays pour l'organisation de ses activités doit attirer notre attention et nous tenir en veille permanente. C'est une subvention pernicieuse. Chez nous, la pratique homosexuelle s'apparente depuis toujours à une véritable mafia où l'on brasse d'énormes sommes d'argent qui attirent nos jeunes aussi bien désœuvrés et paresseux qu'étudiants et fonctionnaires cherchant une promotion dans leur nouvelle fonction. Il n'y a pas de doute que derrière un jeune qui pratique l'homosexualité en Côte d'Ivoire, se cache un réseau nuisible d'hommes d'affaires nationaux et étrangers malades de sexe qui font de leurs richesses à la provenance douteuse un appât facile pour ces jeunes qui les suivent pour profiter de miettes qu'ils leur lancent après chaque opération impudique aux allures souvent sataniques. Les propos des riverains dans l'article sus mentionné ne nous surprennent pas:«Quand on se plaint, ils nous répondent qu'ils s'en fichent. Et qu'ils ont des contacts haut placés». Qui sont ces «contacts haut placés?» Mesurons alors sérieusement l'ampleur et la gravité du phénomène face à ces réseaux sexuels politico-économiques qui paient au plus fort et qui écument nos cités universitaires pour nuire et détruire notre jeunesse.

Après la politique qui déstructure aujourd'hui encore notre société ivoirienne et la guerre qu'elle a engendrée, l'homosexualité se présente de plus en plus sous nos yeux comme le plus grand fléau qui va bientôt miner notre pays et contre lequel il va falloir donc déterrer la hache de guerre. Si les Ivoiriens ont accepté les rebelles et leurs sponsors qui ont défiguré notre pays, ils ne doivent pas accepter les homosexuels qui dépravent notre jeunesse. Bien sûr, l'on ne doit rien attendre du politique et du pouvoir en place pour mener la lutte. En effet, soucieux de préserver son pouvoir par tous les moyens, la clique gouvernementale n'entreprendra aucune action dans ce sens. Les lobbies homosexuels à Abidjan sont assez puissants pour l'éjecter du fauteuil présidentiel (encore faut-il douter qu'il n'en soit pas). C'est pourquoi l'action des riverains de ce quartier est à encourager. L'on ne doit pas laisser prospérer de telles déviations chez nous. Ces lobbies homosexuels et leurs adeptes doivent être traqués pour préserver la dignité sexuelle de notre société et de notre jeunesse en particulier. Et je trouve suspecte l'intervention de l'Onuci dans une affaire de mœurs qui de loin ne la regarde pas et pour laquelle elle n'a pas besoin de pondre une «résolution». Il n'y a pas à douter que ces fonctionnaires internationaux, très souvent impliqués dans ces affaires nauséeuses de mœurs (viols, pédophilie, homosexualité) soient eux-mêmes comme acteurs actifs ou passifs au cœur de ce fléau qui nous guette. Il faut aussi les combattre. Nous n'avons pas à abandonner notre jeunesse aux mains de personnes sans aucune morale sexuelle qui ne se satisfont que de leur unique jouissance sexuelle et diabolique au mépris des vertus morales et qui ne s'intéressent à nos jeunes que parce qu'ils les frottent sans cesse là où il ne faut pas.

 

 

perejeank@yahoo.fr

Démocratie copier-coller

24/01/2014 15:05 par perekjean

  • Démocratie copier-coller

    Démocratie copier-coller

    24/01/2014 15:05 par perekjean

 

                                                      Démocratie copier-coller

Un président qui s'en va, sous la clameur et la huée populaires du peuple fatigué de lui; un autre qui s'en vient, sous les acclamations et cris de joie du même peuple; le même qui s'en va à son tour sous les acclamations joyeuses encore du peuple, un autre qui s'en vient encore avec la bénédiction du peuple qui le porte au pinacle; la «communauté internationale» qui s'en mêle et qui salue le changement ou le condamne selon ses intérêts en jeu. Tel est le rituel démocratique- ou si l'on veut l'agenda démocratique- auquel l'Afrique s'est soumise depuis les indépendances et surtout depuis qu'un vent venu de l'Est nous a emballés, à notre corps défendant, dans ce que l'on appelle «la démocratie». Même schéma, même rituel, même décor: un président en place, une opposition, une milice, un renversement, des cris de joie, la communauté internationale, des condamnations ou des félicitations et bénédictions, des promesses d'aides financières, une transition, un gouvernement d'union ou de réconciliation, des élections «transparentes» et ouvertes à tous, le candidat de la France, l'exil du président sortant ou renversé...Telle est la remarquable contribution de l'Afrique à la démocratie occidentale dont on dit que les Grecs sont les inventeurs et qu'on veut par tous les moyens tropicaliser.

Pour écrire cette réflexion, j'ai pris le temps de revisiter le discours de la Baule référencé comme la matrice et le cordon ombilical du multipartisme et de la démocratie en Afrique. Ce discours a été prononcé le 20 juin 1990 par le président français socialiste François Mitterrand. Il est vrai que je n'apprécie pas le fond de celui-ci, mais la forme a retenu au moins mon attention: «Lorsque je dis démocratie, lorsque je trace un chemin, lorsque je dis que c'est la seule façon de parvenir à un état d'équilibre au moment où apparaît la nécessité d'une plus grande liberté, j'ai naturellement un schéma tout prêt : système représentatif, élections libres, multipartisme, liberté de la presse, indépendance de la magistrature, refus de la censure : voilà le schéma dont nous disposons», martèle-t-il.

Il n'y a donc pas de doute que la démocratie a bel et bien été imposée aux Africains, selon un «schéma» bien prédéfini, «tout prêt», avec ses critères et peut-être aussi avec ses hommes. La suite du discours est davantage révélateur: «Plusieurs d'entre vous (les Chefs d’État africains qui l'écoutaient discourir) disaient : "transposer d'un seul coup le parti unique et décider arbitrairement le multipartisme, certains de nos peuples s'y refuseront ou bien en connaîtront tout aussitôt les effets délétères. D'autres disaient : "nous l'avons déjà fait et nous en connaissons les inconvénients". Ou encore: «Mais les inconvénients sont quand même moins importants que les avantages de se sentir dans une société civiquement organisée. D'autres disaient : "nous avons commencé, le système n'est pas encore au point, mais nous allons dans ce sens". Je vous écoutais. Et, si je me sentais plus facilement d'accord avec ceux d'entre vous qui définissaient un statut politique proche de celui auquel je suis habitué, je comprenais bien les raisons de ceux qui estimaient que leurs pays ou que leurs peuples n'étaient pas prêts. Alors qui tranchera ?»

Malgré le temps, ce discours relance et pose opportunément à nouveaux frais la question de la démocratie en Afrique. Des doctes, toujours bien ou mal inspirés, ont crié et crient toujours sous tous les toits et à longueur de discours académiques qu'il faut une démocratie propre à l'Afrique, qui s'inspire de nos cultures, de nos traditions, de notre philosophie du monde et de nos religions. D'autres encore soutiennent mordicus qu'il nous faut nécessairement, pour être dans la mouvance de la civilisation, adopter la démocratie car ses principes et ses critères sont universels. «Ou on fait la démocratie ou on ne la fait pas», préviennent-ils. Et depuis, le débat se poursuit alimenté par les coups d’État, les rebellions, les milices, les crises post électorales, les massacres des populations, les interventions de la France, les résolutions de l'Onu, etc, etc.

En Afrique, la démocratie doit naître. Ou si elle l'est déjà elle a encore du chemin à parcourir. Qu'elle soit de source occidentale ou pétrie et formatée aux couleurs locales, elle cherche son pied d'appui et son équilibre. Le système importé ou tropicalisé, tant qu'il n'aura pas une originalité et une caractéristique, tant qu'il ne subira pas ce que les théologiens africains appellent une «inculturation», battra toujours de l'aile et offrira au monde entier le honteux et malheureux spectacle dont se nourrissent les médias internationaux et les Ong occidentales. Le printemps arabe avait suscité quelque espoir. Mais très vite, en bons Africains, nous avons déchanté, montrant par là aux yeux du monde que l'Afrique reste l'Afrique, qu'elle soit noire ou blanche. L'actualité centrafricaine vient ajouter à nos tristes malheurs et à notre honte démocratiques. Dans le chaos, les frères centrafricains se sont «fabriqués» sur mesure leur présidente en dehors du rituel habituel. Est-ce une nouvelle voie pour la démocratie sous les tropiques? Quand la France actionne l'Union européenne qui à son tour bouscule et intimide le Conseil de sécurité de l'Onu pour voler au secours de ces pauvres africains en crise qui s’entre-tuent, c'est sûr que les choses iront forcément toujours mal et pour notre malheur. C'est pourtant le rituel classique, impitoyable et improductif. Et quand la nouvelle présidente centrafricaine ira faire allégeance très prochainement au propriétaire de l’Élysée pour signer en catimini les contrats d'affaires en reconnaissance au service rendu, c'est le peuple qui continuera de souffrir de sa pauvreté et de sa misère, prêt à déterrer la hache de guerre.

Si l'on pouvait comprendre que la démocratie, quelle que soit sa forme ne pourra jamais être imposée à un peuple sous forme de «copier-coller», l'on fera un grand pas vers le développement du continent africain. A-t-on jamais imposé la démocratie à l'Europe ou à l'Occident en général? Les autres peuples se sont-ils aussi bruyamment imposés dans leurs affaires? Et si pour l'Afrique la démocratie ne devrait pas être le prêt à penser auquel Mitterrand le destine, à savoir : «système représentatif, élections libres, multipartisme, liberté de la presse, indépendance de la magistrature, refus de la censure»? Les réponses à ces questions pourraient nous aider à avancer en constituant l'enjeu même de la démocratie en Afrique. En attendant, les Africains doivent continuer de réfléchir, loin de toute passion, au type de gouvernance de leurs cités et de leurs peuples.

De mon point de vue, il n'y a pas une démocratie universelle, une marque déposée pour le bonheur de tous les peuples du monde. Quand l'Afrique saura prendre conscience de ses richesses culturelles, humaines et matérielles, quand elle se rendra compte que sur son sol le pétrole, le cacao, l'or, l'uranium, le diamant ne peuvent pas marcher ensemble avec la démocratie occidentale très matérialiste et conquérante, violente et armée chez nous (une démocratie de bombes); quand elle comprendra ces mots mêmes de Mitterrand dans son même discours: «Le colonialisme n'est pas mort. Ce n'est plus le colonialisme des États, c'est le colonialisme des affaires et des circuits parallèles», elle trouvera les formes, les critères et les principes pour la conduite de ses peuples et de ses États. Et cela n'appellera que la paix, la justice et les droits de l'homme.

Ce ne sont pas les résolutions de l'Onu et ses missions en Afrique; ce ne sont pas les opérations Licorne, Serval, Sangaris qui démocratiseront l'Afrique. Ce ne sont pas non plus les «aides au développement» du FMI et de la Banque Mondiale qui apporteront le progrès souhaité sous les tropiques. Sinon depuis 54 ans que nous les recevons, nous serions plus développés que l'Asie qui n'a que faire de ces «aides». Tous ces instruments de paupérisation, tout cet acharnement démocratique nous infantilisent au contraire, malgré l'éloge qu'on leur fait et le vacarme dans lequel nous les recevons.

Entrons en nous-mêmes et méditons pour trouver ce qui peut faire notre propre bonheur loin des fusils, des bombes, des coups d’État, des rattrapages ethniques, de l'humiliation de ses opposants, des tripatouillages de nos constitutions, des présidences à vie pour combler son clan, sa tribu et sa région.

Le cas Tiken

09/01/2014 23:55 par perekjean

     Le cas Tiken    

     Je consacre aujourd'hui, et cela malgré moi, ma réflexion hebdomadaire à Tiken Jah. Pour être sincère et franc, malgré la réputation surfaite dont il bénéficie, c'est un artiste qui ne m'a jamais impressionné, encore moins séduit. Je ne pense pas avoir un seul CD de lui dans ma discothèque privée. Et je ne suis pas sûr que cela soit pour maintenant. Mais j'ai décidé de parler de lui aujourd'hui pour ce que j'ai pu lire de lui dans le quotidien Notre voie du lundi 6 janvier dernier. Marcellin Boguy, le journaliste qui semble être séduit par les derniers propos de l'artiste rapporte: «Ici, on voit des chefs d’État qui n'ont pas encore fini leur mandat, mais qui déjà annoncent qu'ils vont se présenter. Et ils battent même campagne en ce moment pour se faire réélire. Je ne les comprends pas. Le pouvoir grise les dirigeants africains. Et c'est bien dommage».

     Cet artiste, qui doit encore faire des efforts pour s'imposer à nous autres encore dubitatifs sur ses talents réels, est l'un de ceux qui au plus fort de la crise qui a douloureusement secoué et meurtri notre pays à cause des bandes armées et barbares de Soro et de Ouattara pendant dix ans, ont parcouru le monde entier avec leur matos et micros pour diaboliser systématiquement le pouvoir de l'époque et ses dignitaires, les traitant de tous les maux et de tous les noms et jouant eux-mêmes les paranoïaques, les persécutés et les martyrs d'un système qu'ils ont diabolisé. Par ce fait, il s'est acquis une «réputation» qu'il ne mérite pas et se déclarait lui-même persona non grata chez lui. Il avait résolument choisi son camp et il ne le cachait pas: celui de la rébellion et de ses tenants malgré les meurtres qu'ils commettaient. Là n'est pas le problème. Car chacun est bien libre d'aller là où il veut, de suivre qui il veut selon son éducation, sa culture politique et son intelligence. Moi j'ai aussi mon camp et personne ne m'en détournerait. L'artiste a donc chanté partout que notre pays et ses dirigeants étaient maudits et constituaient la pire espèce qui pût exister sur terre et qu'il fallait un autre système et d'autres dirigeants sortis tout droit des cuisses mêmes de Jupiter, ceux qu'il glorifie à longueur de concerts et qui sont bien installés aujourd'hui au pouvoir et profitent, avec lui, de ses honneurs et de ses gloires en annonçant, tambours battants, qu'ils y resteront encore et encore. Pourquoi alors le sieur Tiken s'en offusque-t-il? Pourquoi l'annonce de candidature de son mentor l'émeut-il? A y voir de près, Tiken joue bien le jeu du pouvoir. En se transformant aujourd'hui en «critique» ou «pourfendeur» du pouvoir qu'il a, d'une manière ou d'une autre, aidé à installer et qu'il soutient de fort belle manière, il est bien dans son grand et beau rôle. Et il le joue à merveille. De même que les évêques d'Odienné et coadjuteur de Yopougon jouent le rôle que leur mentor au pouvoir leur a donné, l'artiste Tiken joue à merveille le sien. Si les premiers s'attaquent à tous ceux de leur confrère qui critiquent courageusement la politique hasardeuse, sanguinaire et inhumaine des hommes au pouvoir, l'artiste est chargé quant à lui de brouiller les pistes, de distraire le peuple par de pseudo critiques, impertinentes et sans conviction. En «critiquant» ouvertement son mentor qu'il n'a d'ailleurs pas le courage de nommer, il veut bien nous donner l'impression qu'il est un homme intègre qui va du côté de la vérité et de la démocratie, qu'il se situe aux côtés du peuple pris en otage et qui souffre. Ce qui n'est pas le cas en scrutant profondément son passé et ses choix. Ne nous laissons donc pas impressionner et distraire par les propos de cet artiste, ce faux intègre et démocrate en trompe-l’œil à la réputation surfaite, boîte de résonance du pouvoir actuel. Cet artiste qui joue de tout temps le «révolutionnaire» et l'«éveilleur de conscience» est bel et bien au service de son mentor et il est tout à fait en phase avec sa politique et ses ambitions présentes et futures. Que celui-ci reste toute sa vie au pouvoir, il serait bien content d'être à ses côtés pour le louanger en jouant les griots. Et bien entendu, il en retire les dividendes subséquentes.

     Tiken n'est pas un africaniste contrairement à ce qu'il veut faire croire à ceux qui le vénèrent et qui prennent de leur temps pour l'écouter. C'est pour cela que je suis surpris par ses propos-ci: «Je veux m'adresser aux peuples africains. Il faut que les Africains se prennent en charge. Qu'ils comprennent que l'Afrique a d'énormes potentiels (sic) et qu'ils doivent prendre en main le destin de leur continent.» A quel peuple africain veut-il s'adresser maintenant et à quel titre? On ne peut pas soutenir de bout en bout une rébellion, avoir des atomes crochus avec elle, être fier que la France intervienne à tort et à travers en Afrique avec ses bombes démocratiques et venir proclamer devant micros et caméras que les Africains doivent se prendre en charge en prenant leur responsabilité. On ne peut pas être un admirateur propagandiste zélé et démesuré de Soro et de Ouattara, être complice de leurs exactions, profiter de leur pouvoir et prétendre donner des leçons d'africanisme et de démocratie aux Africains. Véritablement, cet artiste prêche le faux pour avoir le vrai. Pendant que le jour il joue au consciencieux et au révolutionnaire, nuitamment il mange à la table de ses tuteurs et autres amphitryons. Ne nous laissons donc pas distraire par des «africanistes» sans envergure, qui chantent leur propre malheur et qui soutiennent les rébellions et les interventions militaires infantilisantes de la France en Afrique; qui font «l'apologie de l'ignorance et de l'inculture» (Cf. Kofi Yamgname, Afrique, introuvable démocratie, Brest, 2013, p.32).

     D'ailleurs, il me faut apprendre à Tiken qu' ATT qu'il admire tant n'est pas un modèle pour les Africains. Il ne suffit pas de renoncer au pouvoir pour être déclaré grand homme en Afrique. Le passé d' ATT que nous connaissons tous ne fait pas de lui le paradigme d'un chef d’État africain intègre, soucieux de l'avenir de son peuple et du progrès de notre continent. L'Afrique ne pourra jamais être un pôle de développement quand elle sera dirigée par des présidents comme ATT. N'endormons pas la génération future avec de faux modèles, des modèles taillés sur mesure ou fabriqués de toute pièce. Notre avenir se construira avec nous-mêmes et des leaders qui prennent de plus en plus conscience de notre domination et sont prêts à engager à nos côtés la vraie lutte pour notre libération des jougs de l'impérialisme moderne,violent et pillard; des leaders qui sauront dire non aux préfets occidentaux qui dirigent et orientent l'Afrique depuis leurs bureaux à travers des réseaux mafieux et des chefs sans envergure et ambition qu'ils placent à la tête de nos États et nos peuples. L'enjeu de notre libération est tellement immense qu'il nous impose de choisir  nous-mêmes nos modèles. Et je ne crois pas qu' ATT en soit ou que cela soit la mission de Tiken de nous en trouver. De toutes les façons, et même dans un rêve fou, ce n'est pas un artiste de petit calibre qui doit nous guider dans le choix de nos modèles et de nos leaders charismatiques qui ne flirtent pas avec les armes et les bombes.

     Comme la semaine dernière, je termine avec ces propos du sage sud-africain: «Nous parlons d'un continent qui, alors qu'il est à la base de l'évolution de la vie humaine et qu'il a joué un rôle central dans la connaissance, la technologie et les arts des temps anciens, a traversé diverses périodes traumatiques, lesquelles ont arriéré ses peuples et les ont enfoncés toujours plus dans la pauvreté.» (Nelson Mandela, Pensées pour moi-même. Citations, Paris, Points, 2011, p.25).

Père JEAN K.
www.perekjean.vip-blog.com

Je consacre aujourd'hui, et cela malgré moi, ma réflexion hebdomadaire à Tiken Jah. Pour être sincère et franc, malgré la réputation surfaite dont il bénéficie, c'est un artiste qui ne m'a jamais impressionné, encore moins séduit. Je ne pense pas avoir un seul CD de lui dans ma discothèque privée. Et je ne suis pas sûr que cela soit pour maintenant. Mais j'ai décidé de parler de lui aujourd'hui pour ce que j'ai pu lire de lui dans le quotidien Notre voie du lundi 6 janvier dernier. Marcellin Boguy, le journaliste qui semble être séduit par les derniers propos de l'artiste rapporte: «Ici, on voit des chefs d’État qui n'ont pas encore fini leur mandat, mais qui déjà annoncent qu'ils vont se présenter. Et ils battent même campagne en ce moment pour se faire réélire. Je ne les comprends pas. Le pouvoir grise les dirigeants africains. Et c'est bien dommage».

 

Cet artiste, qui doit encore faire des efforts pour s'imposer à nous autres encore dubitatifs sur ses talents réels, est l'un de ceux qui au plus fort de la crise qui a douloureusement secoué et meurtri notre pays à cause des bandes armées et barbares de Soro et de Ouattara pendant dix ans, ont parcouru le monde entier avec leur matos et micros pour diaboliser systématiquement le pouvoir de l'époque et ses dignitaires, les traitant de tous les maux et de tous les noms et jouant eux-mêmes les paranoïaques, les persécutés et les martyrs d'un système qu'ils ont diabolisé. Par ce fait, il s'est acquis une «réputation» qu'il ne mérite pas et se déclarait lui-même persona non grata chez lui. Il avait résolument choisi son camp et il ne le cachait pas: celui de la rébellion et de ses tenants malgré les meurtres qu'ils commettaient. Là n'est pas le problème. Car chacun est bien libre d'aller là où il veut, de suivre qui il veut selon son éducation, sa culture politique et son intelligence. Moi j'ai aussi mon camp et personne ne m'en détournerait. L'artiste a donc chanté partout que notre pays et ses dirigeants étaient maudits et constituaient la pire espèce qui pût exister sur terre et qu'il fallait un autre système et d'autres dirigeants sortis tout droit des cuisses mêmes de Jupiter, ceux qu'il glorifie à longueur de concerts et qui sont bien installés aujourd'hui au pouvoir et profitent, avec lui, de ses honneurs et de ses gloires en annonçant, tambours battants, qu'ils y resteront encore et encore. Pourquoi alors le sieur Tiken s'en offusque-t-il? Pourquoi l'annonce de candidature de son mentor l'émeut-il? A y voir de près, Tiken joue bien le jeu du pouvoir. En se transformant aujourd'hui en «critique» ou «pourfendeur» du pouvoir qu'il a, d'une manière ou d'une autre, aidé à installer et qu'il soutient de fort belle manière, il est bien dans son grand et beau rôle. Et il le joue à merveille. De même que les évêques d'Odienné et coadjuteur de Yopougon jouent le rôle que leur mentor au pouvoir leur a donné, l'artiste Tiken joue à merveille le sien. Si les premiers s'attaquent à tous ceux de leur confrère qui critiquent courageusement la politique hasardeuse, sanguinaire et inhumaine des hommes au pouvoir, l'artiste est chargé quant à lui de brouiller les pistes, de distraire le peuple par de pseudo critiques, impertinentes et sans conviction. En «critiquant» ouvertement son mentor qu'il n'a d'ailleurs pas le courage de nommer, il veut bien nous donner l'impression qu'il est un homme intègre qui va du côté de la vérité et de la démocratie, qu'il se situe aux côtés du peuple pris en otage et qui souffre. Ce qui n'est pas le cas en scrutant profondément son passé et ses choix. Ne nous laissons donc pas impressionner et distraire par les propos de cet artiste, ce faux intègre et démocrate en trompe-l’œil à la réputation surfaite, boîte de résonance du pouvoir actuel. Cet artiste qui joue de tout temps le «révolutionnaire» et l'«éveilleur de conscience» est bel et bien au service de son mentor et il est tout à fait en phase avec sa politique et ses ambitions présentes et futures. Que celui-ci reste toute sa vie au pouvoir, il serait bien content d'être à ses côtés pour le louanger en jouant les griots. Et bien entendu, il en retire les dividendes subséquentes.

 

Tiken n'est pas un africaniste contrairement à ce qu'il veut faire croire à ceux qui le vénèrent et qui prennent de leur temps pour l'écouter. C'est pour cela que je suis surpris par ses propos-ci: «Je veux m'adresser aux peuples africains. Il faut que les Africains se prennent en charge. Qu'ils comprennent que l'Afrique a d'énormes potentiels (sic) et qu'ils doivent prendre en main le destin de leur continent.» A quel peuple africain veut-il s'adresser maintenant et à quel titre? On ne peut pas soutenir de bout en bout une rébellion, avoir des atomes crochus avec elle, être fier que la France intervienne à tort et à travers en Afrique avec ses bombes démocratiques et venir proclamer devant micros et caméras que les Africains doivent se prendre en charge en prenant leur responsabilité. On ne peut pas être un admirateur propagandiste zélé et démesuré de Soro et de Ouattara, être complice de leurs exactions, profiter de leur pouvoir et prétendre donner des leçons d'africanisme et de démocratie aux Africains. Véritablement, cet artiste prêche le faux pour avoir le vrai. Pendant que le jour il joue au consciencieux et au révolutionnaire, nuitamment il mange à la table de ses tuteurs et autres amphitryons. Ne nous laissons donc pas distraire par des «africanistes» sans envergure, qui chantent leur propre malheur et qui soutiennent les rébellions et les interventions militaires infantilisantes de la France en Afrique; qui font «l'apologie de l'ignorance et de l'inculture» (Cf. Kofi Yamgname, Afrique, introuvable démocratie, Brest, 2013, p.32).

 

D'ailleurs, il me faut apprendre à Tiken qu' ATT qu'il admire tant n'est pas un modèle pour les Africains. Il ne suffit pas de renoncer au pouvoir pour être déclaré grand homme en Afrique. Le passé d' ATT que nous connaissons tous ne fait pas de lui le paradigme d'un chef d’État africain intègre, soucieux de l'avenir de son peuple et du progrès de notre continent. L'Afrique ne pourra jamais être un pôle de développement quand elle sera dirigée par des présidents comme ATT. N'endormons pas la génération future avec de faux modèles, des modèles taillés sur mesure ou fabriqués de toute pièce. Notre avenir se construira avec nous-mêmes et des leaders qui prennent de plus en plus conscience de notre domination et sont prêts à engager à nos côtés la vraie lutte pour notre libération des jougs de l'impérialisme moderne,violent et pillard; des leaders qui sauront dire non aux préfets occidentaux qui dirigent et orientent l'Afrique depuis leurs bureaux à travers des réseaux mafieux et des chefs sans envergure et ambition qu'ils placent à la tête de nos États et nos peuples. L'enjeu de notre libération est tellement immense qu'il nous impose de choisir nous-mêmes nos modèles. Et je ne crois pas qu' ATT en soit ou que cela soit la mission de Tiken de nous en trouver. De toutes les façons, et même dans un rêve fou, ce n'est pas un artiste de petit calibre qui doit nous guider dans le choix de nos modèles et de nos leaders charismatiques qui ne flirtent pas avec les armes et les bombes.

 

Comme la semaine dernière, je termine avec ces propos du sage sud-africain: «Nous parlons d'un continent qui, alors qu'il est à la base de l'évolution de la vie humaine et qu'il a joué un rôle central dans la connaissance, la technologie et les arts des temps anciens, a traversé diverses périodes traumatiques, lesquelles ont arriéré ses peuples et les ont enfoncés toujours plus dans la pauvreté.» (Nelson Mandela, Pensées pour moi-même. Citations, Paris, Points, 2011, p.25).

 

Père JEAN K.

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Entre pouvoir, bilan et promesse

04/01/2014 13:04 par perekjean

 

Entre pouvoir, bilan et promesse

 

L'année 2013 vient de s'achever comme toutes les autres qui l'ont précédée. Cela est le rythme normal de la nature. Tout a un début. Tout a aussi une fin. Rien n'est éternel sur cette terre. C'est le rituel de la nature même qui l'impose. Et surtout, comme a dit le sage juif, «vanité des vanités, tout est vanité». Le philosophe a aussi dit qu'on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve. L'année 2014 qui vient d'arriver et celles qui la suivront connaîtront le même sort malgré le tintamarre dans lequel elles sont accueillies. De gré ou de force, tout passe et trépasse. Il en est de même pour nous les humains. Personne n'est éternel sur cette terre. Tu auras beau vivre 1000 ans, tu t'en iras un jour. Tu t'auras bien soigner dans les meilleurs hôpitaux du monde, et manger les meilleurs plats de la planète, tu finiras un jour. Il en est également de même pour le pouvoir. Tu l'auras beau protéger avec une horde d'armées, il ne te sera point éternel. Tu auras beau amasser tout le trésor du monde, tu n'en jouiras point éternellement.

 

Chez nous, ceux qui ont pris le pouvoir par les «bombes démocratiques» sarkoziennes, encore pleins d'orgueil, oublient ces leçons pourtant élémentaires de la vie ordinaire et de la nature. Fiers de leur pouvoir obtenu comme on sait, riches de tout le flic du pays pris en otage, fruit du bradage de nos biens, ils se projettent déjà dans l'avenir à coups de calculs d'intérêts. Ils veulent encore être là les années à venir, aussi longtemps qu'ils le voudront, sans demander l'avis du peuple. Ils veulent toujours tout garder pour eux-mêmes et pour eux seuls en maintenant leurs opposants en prison. Ils cherchent déjà les alliances pour consolider leur pouvoir et leurs biens. Ils accentuent le rattrapage ethnique pour protéger leurs clans contre tout danger de misère et de galère. Vanité des vanités, tout est vanité.

 

Quel bilan sincère peuvent-ils faire aux Ivoiriens et à ceux qui ne sont pas de leur clan et de leur parti ou même de leur région? Nul n'est dupe. Tout ce qui a été présenté aux Ivoiriens était déjà connu. Du déjà entendu. Un discours fort bien commandé, du copier coller. Les scribes de service, triés sur le volet, ont bien fait le boulot. Ne sont-ils pas payés pour ça? Ne sont-ils pas payés pour nous mentir à longueur de discours de leur mentor? Ils peuvent écrire et lire sans sourire ce que leur orgueil leur commande. Ne sont-ils pas au pouvoir? N'ont-ils pas toute la poudrière du monde avec eux? Il est de notoriété publique que le pouvoir rend aveugle et sourd. On croit qu'il est sien. On croit le maîtriser. Or il nous échappe dangereusement. Le pouvoir de chez nous étouffe tout esprit de discernement et abrutit l'intelligence. Tel qu'il est acquis et exercé chez nous, il y a toujours à craindre qu'il soit une poudrière qui peut à tout moment exploser.

 

Le meilleur bilan, c'est chacun qui le fait. Chacun sait et voit ce qui a été dit et fait. Ces genres de discours, ce rituel annuel, «exercice convenu», inutilement bavard et ennuyeux, bien commandés, sont donc du folklore pour distraire le peuple et cacher les lacunes et les ignorances. Nos discours présidentiels se suivent et se ressemblent incroyablement à travers un genre littéraire brumeux, uniquement intelligible pour ceux qui les écrivent et celui qui les déclame. Aucune originalité, aucune invention, juste pour faire survivre une tradition mensongère pour laquelle, à cors et à cris, les médias soumis sont associés. Il est à se demander si ce rite d'incantation, cette épouvantable phraséologie bâtie sur la même thématique incantatoire doit continuer d'autant qu'on sait déjà, comme un grand vaticinateur, ce qui va être officiellement proclamé devant caméras et micros.

 

Morceaux choisis d'un «discours prophétique», qui n'est pas loin d'un opium, toujours entendu et trompeur: «Nos excellents résultats économiques doivent se traduire nécessairement par une amélioration des revenus et un effort en faveur des plus démunis...J'ai le plaisir de vous annoncer qu'avec ces mesures, chaque fonctionnaire verra son salaire augmenter régulièrement, améliorant ainsi son pouvoir d'achat...L'année 2014 verra la fin de la pénurie d'eau...Toute la Côte d'Ivoire se modernise...»!

 

 

Quand on a fini de tenir un tel discours mensonger et incantatoire, bien pour plaire à ses applaudimètres, en face d'un peuple pris en otage par les dozos, on court festoyer et faire bombance avec son copain Sarkozy à la plage. Et c'est cela la modernisation de toute la Côte d'Ivoire. On a envie de crier: Vive la Côte d'Ivoire de notre bravetchê et warifatchê!

 

Terminons avec le sage sud-africain que tout le monde continue encore de pleurer: «Pour réussir en politique, vous devez amener les gens à avoir confiance dans votre point de vue en le donnant très clairement, très poliment, très calmement, mais en toute confiance.» (Nelson Mandela, Pensées pour moi-même. Citations, Paris, Points, 2011, p.359). Si nos gouvernants du bord de la plage d'Assinie pouvaient bien comprendre ce sage conseil!

 

Pour terminer vraiment, je vous souhaite une très bonne année 2014. Moi je n'ai pas de bilan et de promesse à vous faire. Je sais seulement que nous étions ensemble et que nous demeurerons ainsi. Que Dieu veille sur nous durant cette année en nous protégeant des dozos.

 

 

 

Boutade et kalachnikov

29/12/2013 00:15 par perekjean

Boutade et Kalachnikov

 

Deux faits ont retenu mon attention cette semaine auxquels je consacre ma réflexion de ce week-end. Il s'agit de la «boutade» de François Hollande contre l'Algérie et de la mort de l'inventeur de la Kalachnikov.

 

Le peuple algérien et ses responsables ont eu un drôle de cadeau de Noël de la part de l’Élysée et par la bouche de son chef Hollande. La nouvelle a fait le tour du monde particulièrement dans les médias et les milieux diplomatiques. En fait, ce que l’Élysée qualifie diplomatiquement et avec mépris de «boutade» n'en est pas une. Cette façon de faire est symptomatique de la manière dont la France officielle considère et traite depuis toujours l'Afrique et ses dirigeants en dehors des micros. Quand régulièrement nous disons que la France n'aime l'Afrique et ses dirigeants que parce qu'ils l'aident à piller davantage ses ressources, il se trouve encore d'autres qui nous traite d'aigris. Dans cette affaire de «boutade» mal digérée par Alger, nous devons y voir une fois de plus le mépris que la France a pour les États africains et leurs institutions. Sinon, de tels propos n'auraient jamais été tenus envers un pays responsable et souverain. En effet, demander à son ministre s'il est rentré «sain et sauf» de l’Algérie qui n'est pourtant pas à feu et à sang comme le sont la Centrafrique, le Mali et le Soudan du sud aujourd'hui, c'est se moquer et mépriser les Algériens et leurs institutions. C'est dans le pire des cas souhaiter ce triste sort à l'Algérie alors qu'il y a seulement quelques jours Hollande a lui même rassemblé ses sous préfets pour leur donner un cours magistral de «défense» et de «sécurité» africaines. Hollande voulait signer des accords d'intérêts économiques avec Alger. Cela a été fait, et bien fait par son ministre rentré «sain et sauf». Cela lui suffit. Il ne peut que, pour la suite, se moquer d'un peuple devant caméras et micros sous les rires approbateurs de ses ministres et du reste de son auditoire complices de tels propos. Face aux «réactions» algériennes, on nous dit que le sieur Hollande, dans un communiqué, a exprimé ses «sincères regrets pour l'interprétation qui est faite de ses propos et en fera directement part au président Boutéflica»! Il est clairement dit ici que Hollande ne regrette pas ses propos. Il regrette et s'en prend plutôt aux interprétations faites de ses propos! C'est le comble. Même si nous devons comprendre la facilité avec laquelle les autorités algériennes ont accepté ce regret spécial de l’Élysée, on doit aussi comprendre que Hollande ne regrette point sa «boutade». Pour lui cela est normal de parler ainsi d'un pays que la France n'a pas pu mettre sous sa coupe comme la Côte d'Ivoire et ses autres colonies. Il peut même reprendre ses mêmes propos à l'encontre d'autres pays et de leurs institutions – Comme il le fait d'ailleurs bien souvent à la suite de ses prédécesseurs. Ce «dérapage verbal» méprisant traité à Alger de «Hollânerie» doit faire réfléchir des chefs d’État comme le nôtre qui préfèrent faire la courbette à Élysée plutôt que de respecter et de lutter pour la promotion, la dignité et l'honneur de leur peuple pris dans l'engrenage de la pauvreté et de la misère. L'«Hollânerie» fait partie intégrale du programme de l’Élysée pour l'Afrique et ses chefs. Souvent les discours officiels le montrent bien quoique subrepticement. C'est de cette façon que la France officielle traite l'Afrique et les Africains dans les coulisses, les salons de thé et les salles à manger de l’Élysée et de temps en temps publiquement comme la dernière fois. Comme toujours, il revient aux Africains de prendre leur responsabilité pour se faire respecter.

 

L'autre actualité qui a fait aussi le tour du monde est la mort, à 94 ans, de Mikhaïl Kalachnikov, le Russe inventeur du mystérieux fusil d'assaut qui porte son nom: Kalachnikov ou Avtomat Kalachnikov 1947 ou encore AK-47. Les spécialistes disent que ce fameux fusil a été fabriqué à plus de cent millions d'exemplaires qui courent encore dans le monde et ses maquis. Faut-il être fier ou triste de la mort du père kalachnikov? Chacun donnera sa réponse en scrutant son âme et sa conscience. L'intéressé lui-même dit qu'il préférerait avoir inventé une tondeuse pour faciliter le travail des paysans: « Je suis fier, dit-il, de mon invention mais triste qu'elle soit utilisée par des terroristes »! Personnellement, je soutiens qu'une telle invention fait partie des échecs de la science moderne. Inventer une arme pour éliminer l'espèce humaine, c'est être contre la volonté de Dieu de protéger cette espèce humaine, fruit de sa création. La horde de rebelles qui ont envahi notre pays et qui se pavanent au sommet de l'Etat aujourd’hui, tous les autres rebelles que regorgent le monde aujourd'hui, ont pour arme d'assaut principal et comme voie unique d'expression cette fameuse kalachnikov. J'ai vu ces rebelles ivoiriens manipuler cette arme pour tuer les hommes, les femmes et les enfants. J'ai aussi vu des gamins les manipuler et tuer leurs aînés. Moi-même, cette arme a été pointée sur moi quand les rebelles ont envahi Daloa en 2011. fort malheureusement la kalachnikov est aujourd'hui le moyen d'enrichissement rapide surtout en Afrique. J'en veux pour preuve les Soro et autres qui l'ont préférée aux livres et stylos et qu'on compte aujourd'hui parmi les plus riches de la planète qui défient et narguent nos universitaires. Cette triste arme est tristement le gagne-pain de beaucoup d'Africains et Ivoiriens aujourd'hui. Beaucoup rêvent d'en posséder par tous les moyens pour donner un sens à leur vie.

 

Peut-on être fier d'avoir inventé une telle chose affreuse et abominable? Peut-on être fier de mourir à 94 ans quand notre invention a mis fin à la vie de nombreux enfants qui n'avaient pas encore un an? Doit-on célébrer une telle invention et son initiateur ou au contraire devait-on en avoir grande honte? Il y a des inventions qui doivent faire honte à l'humanité quel que soit leur haut degré de génie. L'intelligence humaine ne doit pas aller contre la vie et l'espèce humaines. Au contraire elle doit les promouvoir et les protéger. La kalachnikov s'oppose et défie la «civilisation de l'amour» chère à Jean-Paul II. Elle défie l'amour et contribue à l'extermination du genre humain. Elle sonne guerre, misère, galère, coups d’État, rébellion, braquage.

 

Si Mikhaïl Kalachnikov est mort, pourquoi ne pas profiter pour faire disparaître sa triste invention avec lui?

 

 

Quand la France sécurise et défend l'Afrique

21/12/2013 16:29 par perekjean

Quand la France sécurise et défend l'Afrique

 

 

La France en Centrafrique; ça pue encore une odeur de françafrique. Une françafrique nouveau modèle et nouveau format, revue et corrigée, taillée sur mesure. Hollande avait juré et signé de façon unilatérale que la françafrique était bel et bien morte. Il a fallu que nous soyons des idiots et des ignares prêts à ne rien comprendre pour croire en cette chanson insensée et lancer des dithyrambes au prince de l’Élysée fraîchement élu mais mal aimé chez lui. Heureusement que je fus de ceux qui n'y ont point cru. Car signer et déclarer la fin de la françafrique, c'est signer de facto et de façon violente la fin du pillage, de l'exploitation et de la violence tous azimuts de la France dans son éternel pré carré. Ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. Ceux qui y ont cru n'ont que leurs yeux pour pleurer aujourd'hui leur ignorance. En convoquant dare-dare ses sous-préfets à l’Élysée les 6 et 7 décembre derniers, le sieur Hollande voulait bien les rappeler à l'ordre et recadrer ceux d'entre eux qui ont été tentés de prendre quelque liberté vis-à-vis du chef; ceux qui veulent se sécuriser et se défendre eux-mêmes. Pour ce sommet, tout fut mis en l’œuvre pour que les élèves soient bien mis au pas. Tous les sous-préfets devraient être présents pour recevoir la feuille de route sécuritaire de l'Afrique. Une leçon magistrale de «défense» et de «sécurité» fut donné par le sécurocrate en chef des tropiques. Faut-il que nous nous réjouissions ou que nous pleurions parce que tout un continent comme l'Afrique a ses clefs de sécurité et ses poudrières à l’Élysée, bien gardées par le chef? Faut-il que nous soyons fiers de nous-mêmes parce que la France se rend toujours disponible à envahir notre continent pour y mettre de l'«ordre» à notre place? Le drame dans cette honteuse affaire de «défense» et de «sécurité» c'est qu'elle se déroule au moment même où nous pleurions celui qui a lutté pour toute l'Afrique afin que les Noirs ne soient plus soumis à la domination des Blancs, aussi puissants fussent-ils. Si ceux qui prétendent nous diriger avaient encore quelque dignité, ils auraient sinon annulé cette honteuse rencontre du moins la reporter pour porter fièrement le deuil de cet illustre homme africain que fut Mandela. Mais il fallait aller répondre à la convocation du chef au risque de se faire évincer de son fauteuil présidentiel. Malheureusement, ils sont nombreux ceux qui croient qu'il suffit que Hollande parle pour que la sécurité et la défense adviennent en Afrique. Pourtant, sous nos yeux, nous voyons bien que la France est allée en Libye, et il n'y a pas de sécurité. Il y a la guerre. Elle est venue en Côte d'Ivoire, chez nous, il n'y a que des dozos, ruines et misères. Elle a fait un tour au Mali pour chasser les méchants islamistes, le désert en regorgent encore et non des moindres. Le constat est que partout où la France est passée, tout a trépassé. Alors, de quelle sécurité et de quelle défense nous parle-ton avec tant d'arrogance et de mépris? Je n'ai pas pu supporter cette image de nos chefs d’État assis comme en classe devant Hollande en train de recevoir de lui un cours de «défense» et de «sécurité».

 

Prétendre sécuriser et défendre l'Afrique, c'est bien évidemment, pour la France, étendre son hégémonie et son impérialisme barbares en Afrique. Si elle s'acharne tant à nous «sécuriser» et à nous «défendre» à notre corps défendant, ce n'est pas tant qu'elle nous aime que parce qu'elle veut être libre pour mieux piller et maintenir ou installer ses sous-préfets soumis. Si la France ne voulait pas de «carnage» en Centrafrique, elle n'aurait pas dû soutenir son mentor Michel Djotodia chasser du palais Bozizé avec la bénédiction du lugubre voisin tchadien. Avec ce qui se passe en Afrique depuis 2011, disons tout net que la France est en guerre feutrée contre l'Afrique grâce à la bénédiction de ses réseaux aussi bien à l’Élysée qu'en Afrique même. Il n'y a que ses sous-préfets qui profitent de ses turpitudes pour favoriser une telle humiliation et la laisser prospérer. Il y a de grands marchés et de grandes affaires à protéger. Au cœur de la françafrique nouveau modèle, il y a tout un jeu d'intérêts qui n'est pas différent de l'ancienne françafrique. «Pourtant, révèle Pierre Péan, les pratiques de financement occulte se perpétuent; elles se déroulent dans un espace bien particulier, en marge du sommet de l'Etat français, mettent aux prises des hommes politiques du parti au pouvoir, des grands commis de l'Etat, des patrons de quelques fleurons industriels nationaux et des intermédiaires. Il arrive fréquemment que l'on fasse appel aux services d'un chef d’État africain ou arabe...» (Cf. Pierre Péan, La république des mallettes, Paris, Fayard, 2011, p.18). Cette façon pour l’Élysée de gérer les affaires africaines est bel et le bien la françafrique dont le sieur Hollande ne veut pas entendre parler. Le sort de l'Afrique se trouve ainsi scellé, même cadenassé par un groupuscule d'affairistes qui fourmillent à l’Élysée et qui agissent à travers des réseaux mafieux qui pillent l'Afrique et créent la pauvreté dans un continent pourtant riche.

 

Ce n'est pas par amour que la France semble tant se soucier de la défense et de la sécurité de l'Afrique. C'est par pur intérêt. Et c'est bien de cette façon qu'elle a toujours fonctionné avec l'Afrique. Pour nous faire comprendre cela, Sarkozy, sur nos propres terres, nous avait dit que nous n'avons pas d'Histoire ou que nous ne sommes pas encore rentrés dans l'Histoire. Or un peuple sans Histoire, est un non peuple. Ceci justifie donc cela! Dire que d'illustres africains ont applaudi et soutenu un tel discours! Pour l'Afrique, les données vis-à-vis de l'ancienne colonie seront toujours les mêmes: se laisser tenir et dominer comme un bébé.

 

Mandela ou l'honneur de la liberté

13/12/2013 23:16 par perekjean

 

Mandela ou l'honneur de la liberté

 

Au nom de notre foi ne peut pas rester indifférent à l'hommage planétaire rendu en ce monument que fut Nelson Mandela. Je lui dédie donc le numéro de ce jour. Mais pour ne pas avoir à dire des choses contre la volonté de l'homme, comme c'est malheureusement le cas depuis l'annonce de sa mort, en considérant sa grande humilité, j'ai choisi de le faire parler lui-même. Ainsi, j'ai relevé quelques paroles fortes dans son livre autobiographique pour que l'on apprenne à le connaître par lui-même et non par des discours hypocrites qui fusent aujourd'hui dans le monde entier en faveur d'un homme qui a été traité de «terroriste» et condamné à finir ses jours en prison. Le mensonge et l'hypocrisie des puissants de ce monde vis-à-vis de Mandela est tellement flagrante aujourd'hui que tout le monde s'en rend bien compte. Écoutons alors Nelson Mandela parler de lui-même, de ses maîtres, de son engagement pour la libération de ses frères noirs, de sa famille. (Cf. Nelson Mandela, Un long chemin vers la liberté, Paris, Fayard, 2013, 768p. ) Un livre que je vous conseille vivement comme guide politique et socle d'engagement social.

 

Le mépris d'une culture: « Le premier jour de classe, mon institutrice, Miss Mdingane, nous a donné à chacun un prénom anglais et nous a dit que dorénavant ce serait notre prénom à l'école. A cette époque, c'était la coutume, sans doute à cause de la prévention des Britanniques envers notre éducation. Celle que j'ai reçue était britannique et les idées britanniques, la culture britannique, les institutions britanniques étaient censées être supérieures. La culture africaine n'existait pas. Les Africains de ma génération – et encore ceux d'aujourd'hui – ont en général un prénom anglais et un prénom africain. Les Blancs ne pouvaient ou ne voulaient pas prononcer un prénom africain, et ils considéraient qu'en porter un était non civilisé. Ce jour-là, Miss Mdingane m'a dit que mon nouveau prénom serait Nelson (…) (p.20-21).

Aux jeunes africains d'aujourd'hui: (…) «J'allais à l'école, qui n'avait qu'une seule classe, à côté du palais, et j'apprenais l'anglais, le xhosa, l'histoire et la géographie. Nous faisions nos devoirs sur une ardoise. Nos instituteurs, Mr. Fadana, et, plus tard, Mr. Giqwa, me portaient un intérêt particulier. Je réussissais bien, moins par facilité que par obstination. La discipline que je m'imposais était renforcée par ma tante Phathiwe qui habitait à la Grande Demeure et qui, chaque soir, contrôlait mon travail» (p.25).

 

Un racisme masqué: (…) «Le premier jour, une agréable jeune secrétaire blanche, Miss Lieberman, me prit à part et me dit: «Nelson, il n'y a pas de barrière de couleur dans le cabinet.» Elle m'expliqua qu'en milieu de matinée celui qui préparait le thé arrivait avec un plateau et un certain nombre de tasses. «En l'honneur de votre arrivée, nous avons acheté deux tasses neuves pour vous et pour Gaur, dit-elle. Les secrétaires portent le thé aux avocats mais vous et Gaur, vous prendrez votre thé vous-mêmes, comme nous. Je vous appellerai quand le thé arrivera et vous pourrez le prendre dans les tasses neuves.» Elle ajoutait que je devais transmettre ce message à Gaur. Je lui étais reconnaissant pour toutes ses attentions, mais je savais que les «deux tasses neuves» qu'elle avait pris tant de soin à mentionner étaient la preuve de la barrière de couleur qui, d'après elle, n'existait pas. Les secrétaires partageaient peut-être le thé avec deux Africains, mais pas les tasses pour le boire» (p.91).

 

Le mépris du noir: (…) «Un après-midi que je rentrais à Alexandra par le bus, je me suis assis à côté d'un type de mon âge. C'était un de ces jeunes qui portaient des costumes imitant ceux des gangsters américains du cinéma. Je me suis rendu compte que ma veste touchait la sienne. Il l'a remarqué lui aussi et s'est prudemment écarté pour que je ne puisse pas le salir. Quand j'y repense, je pense que c'était un geste mesquin et comique, mais pénible sur le moment» (pp. 97-98).

 

La vie dans le ghetto : (…) «Malgré mes faiblesses sur le plan sentimental, je me suis progressivement adapté à la vie dans le township, et j'ai commencé à prendre conscience d'une certaine force intérieure, à croire que je pouvais très bien me débrouiller en dehors du monde dans lequel j'avais grandi. J'ai découvert lentement que je ne devais pas compter sur mon appartenance à la famille royale ni sur son soutien pour avancer et j'ai noué des relations avec des gens qui ignoraient mon ascendance royale ou que cela n'intéressaient pas. J'avais mon propre chez-moi, aussi humble soit-il, et je sentais naître en moi la confiance et l'indépendance nécessaires pour voler de mes propres ailes» (pp.102-103)

 

Observateur de l'engagement des autres:(…) «Ce qui me faisait l'impression la plus profonde, c'était l'engagement total de Gaur dans la lutte de libération. Il vivait et respirait la recherche de la liberté. Parfois, Gaur assistait à plusieurs meetings dans la même journée, où il était un des principaux orateurs. Il me semblait penser qu'à la révolution. Je l'accompagnais aux meetings du Conseil consultatif du township et à ceux de l'ANC. J'y allais en tant qu'observateur, pas en tant que participant, car je ne pense pas y avoir jamais parlé. Je voulais comprendre les questions dont on débattait, j'évaluais les arguments, je voyais l'envergure des hommes impliqués» (p.108).

 

La naissance d'un engagement: (…) «Je suis incapable d'indiquer exactement le moment où je suis devenu politisé, le moment où j'ai su que je consacrerais ma vie à la lutte de libération. Être Africain en Afrique du Sud signifie qu'on est politisé à l’instant de sa naissance, qu'on le sache ou non. Un enfant africain naît dans un hôpital réservé aux Africains, et il va dans une école réservée aux Africains, si toutefois il va à l'école. Quand il grandit, il ne peut occuper qu'un emploi réservé aux Africains, louer une maison dans un township réservé aux Africains, voyager dans des trains réservés aux Africains et on peut l'arrêter à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit pour lui donner l'ordre de présenter un pass, et s'il ne peut pas, on le jette en prison. Sa vie est circonscrite par les lois et les règlements racistes qui mutilent son développement, affaiblissent ses possibilités et étouffent sa vie. Telle était la réalité et on pouvait l'affronter de milliers de façons. Je n'ai pas connu d'instant exceptionnel, pas de révélation, pas de moment de vérité, mais l'accumulation de milliers d'affronts, de milliers d'humiliations, de milliers d'instants oubliés, a créé en moi une colère, un esprit de révolte, le désir de combattre le système qui emprisonnait mon peuple. Il n'y a pas eu de jour particulier où j'aurais dit: à partir de maintenant je vais me consacrer à la libération de mon peuple; à la place je me suis simplement retrouvé en train de le faire sans pouvoir m'en empêcher. J'ai mentionné beaucoup de gens qui m'ont influencé mais j'étais de plus en plus sous la tutelle prudente de Walter Sisulu. Walter était fort et raisonnable, pratique et dévoué. Il ne perdait jamais la tête dans une crise; il restait souvent silencieux quand les autres criaient et hurlaient. Il croyait que l'ANC était un moyen pour créer des changements en Afrique du Sud, une organisation dépositaire des espoirs et des aspirations des Noirs» (pp. 117-118).

 

L'optimisme du combattant: (…) «Je suis fondamentalement optimiste. Je ne sais si cela vient de ma nature ou de ma culture. Être optimiste c'est en partie avoir la tête dirigée vers le soleil et le pieds qui continuent à avancer. Il y eut beaucoup de moments sombres quand ma foi dans l'humanité était mise à rude épreuve, mais je ne voulais ni ne pouvais me laisser aller au désespoir. Cette voie mène à la défaite et à la mort.» (p.474).

(…) En tant que prisonnier du groupe D, je n'avais droit à recevoir qu'une seule visite et à écrire qu'une seule lettre tous les six mois. Je trouvais qu'il s'agissait d'une des restrictions les plus inhumaines du système carcéral. La communication avec sa famille est un des droits de l'homme... Les visites et les lettres étaient limitées aux parents de «premier degré». Nous ne trouvions pas cette restriction seulement pénible mais aussi raciste. Le sens africain de la famille proche est très différent de celui qu'en ont les Européens et les Occidentaux. Pour nous, les structures familiales sont plus vastes et plus inclusives... En prison, il y a pis que les mauvaises nouvelles de sa famille, c'est l'absence totale de nouvelles. Il est toujours plus difficile d'affronter les malheurs et les tragédies qu'on imagine que la réalité même menaçante ou désagréable» (p.484). (…) «Je n'avais jamais imaginé que la lutte serait courte ou facile. Pendant les premières années sur l'île, il y eut des moments pénibles pour l'organisation à l'extérieur et presque tout l'appareil clandestin du mouvement fut détruit. On avait découvert et anéanti nos structures; ceux qui n'avaient pas été arrêtés se sauvaient pour garder une tête d'avance sur l'ennemi. Virtuellement, chaque responsable important de l'ANC était en prison ou en fuite» (p.532).

 

Le combattant face à ses drames et interrogations: (…) «La mort de sa mère amène chaque homme à se retourner sur son passé et à faire le bilan de sa vie. Les difficultés et la pauvreté qu'avait connues ma mère m'amenèrent à me demander une nouvelle fois si j'avais pris le bon chemin. Toujours la même question: avais-je bien choisi en plaçant le bien-être du peuple avant celui de ma propre famille? Pendant longtemps, ma mère n'avait pas compris mon engagement dans la lutte. Bien que ma famille n'eût pas voulu y être entraînée, mon engagement l'avait pénalisée» (p.540).

 

La famille du combattant: (…) «Il n'y avait rien de plus angoissant que de savoir Winnie elle aussi en prison. J'essayais de faire bonne figure, mais intérieurement j'étais très troublé et très inquiet. Rien ne menaça plus mon équilibre que l'époque où Winnie se trouva en isolement. J'avais beau pousser les autres à ne pas s'inquiéter pour ce qu'ils ne pouvaient pas contrôler, j'étais incapable de suivre mes propres conseils. Je passais beaucoup de nuits blanches. Qu'est-ce que la police faisait à ma femme? Comment supportait-elle cela? Qui s'occupait de nos filles?» (p.541).

 

Ces quelques notes venant de lui-même révèlent Nelson Mandela tel qu'il est. Son amour pour la révolution et la libération pour son peuple et les Noirs en général est sans mesure et sans calcul. Mais, paradoxe des paradoxes, cet homme meurt au moment même où François Hollande convoque les Chefs d’États noirs à Paris comme ses sous-préfets pour leur donner des leçons de «sécurité» et de «défense» en vue de mieux les exploiter! Pire, il meurt le jour même où l'armée française envahit une partie de l'Afrique pour une lugubre «opération de sécurité»! Ces actes, je n'en doute point, tuent davantage Mandela. Et puis, Alassane Ouattara se rend aux funérailles d'un homme de la dimension de Mandela pendant qu'il pourchasse, jette en prison et torture ses opposants après avoir conduit le plus illustre d'entre eux à qui il voue une haine terrible et inhumaine à la CPI et refuse la réconciliation dans son pays, quand il pratique une discrimination ethnique dans son pays! A -t-il seulement compris le message d'Obama affirmant qu'on ne peut pas se dire solidaire de Mandela et refuser ou mépriser les opposants de son pays?Vu toutes ces contradictions et cette comédie mondiale sous nos yeux, on peut légitiment se demander si l’œuvre de libération entreprise par Mandela en Afrique pourra lui survivre.

 

 

Le retour

09/12/2013 20:19 par perekjean

Le retour

 

Au nom de notre foi renaît de ses propres cendres comme le phénix de la mythologie grecque. Ainsi pourrais-je qualifier volontiers le retour quasi inespéré et inattendu de cette rubrique hebdomadaire qui s'est acquis et même conquis quelques cœurs et esprits bienveillants pendant plus d'un an. En effet, il y a quelque quatre mois que votre rubrique à laquelle vous vous êtes habitués s'est éclipsée, contre la volonté de son modeste animateur que je suis. Les quelques messages que j'ai reçus dans ce sens s'inquiétaient de ce que j'étais devenu. Beaucoup ont même imaginé que j'ai reçu l'ordre de ma hiérarchie de me taire et de me contenter de dire les messes, sans plus. A beaucoup je n'ai pas voulu répondre à l'époque. Aujourd'hui, je puis leur dire clairement que depuis trois mois, je me trouve hors du pays pour des raisons d'étude. C'est la seule et unique raison de ce silence non mystérieux ou commandé. Habité par le désir de la formation et donc du savoir intellectuel, je suis maintenant en France pour préparer et soutenir une thèse de doctorat en théologie (dogmatique). Annoncer Dieu aujourd'hui et toujours exige un minimum de connaissance et de savoir aussi bien spirituel que livresque dans un monde de plus en plus exigent. C'est à cette exigence existentielle que je veux répondre en m'exilant pour ces études qui vont me prendre quelques années. Et puis, j'ai voulu aussi me donner quelques temps de repos après être sorti de ce cratère ivoirien, en m'habituant à d'autres choses comme le froid qui caille en ce moment dans l’hexagone.

 

Cependant, bien que désormais éloigné du chaud terrain politique du pays, et donc à mille lieues de là, de la réalité du terrain, je sens toujours le besoin sourdre en moi et même l'obligation de regarder, de lire et d'analyser la vie sociale et politique de mon pays à la lumière de ma foi chrétienne catholique que je revendique partout. Je suis fier d'être chrétien catholique et encore davantage prêtre. Et je me sens l'obligation de contribuer à l'avancée positive de ma société en y apportant et enseignant le message de paix et de libération de Jésus-Christ qui se résume en message de vérité et de salut. Surtout, quand les choses ne vont plus, quand le peuple est pris en otage par des illettrés parvenus et divinisés, quand il est maltraité et affamé comme cela l'est aujourd'hui dans mon pays, quand des dirigeants arrivent au pouvoir par les armes avec la complicité flagrante et insolente d'une coalition internationale pompeusement et injustement estampillée «Communauté internationale», quand ce pays est vendu et pillé par les multinationales guerrières qui exploitent, pillent et appauvrissent un peuple désemparé comme le mien l'est aujourd'hui, un chrétien et qui plus est un serviteur du Christ Libérateur, ne doit pas se taire et laisser le peuple de Dieu mourir d'injustice pendant qu'il se met au chaud dans sa sacristie. C'est ce que cette rubrique tente de faire, tant bien que mal, depuis plus de deux ans avec toute la modestie qu'il faut à une œuvre de libération. En décidant de reprendre la lutte (ou de déterrer la hache de guerre contre la médiocratie) là où je l'ai laissée il y a quatre mois, je veux marquer mon respect, ma fraternité et ma fidélité à tous les Ivoiriens qui souffrent dans leur chair, maltraités et torturés dans les camps de tortures éparpillés dans tout le pays, mon soutien sans faille aux combattants de la liberté et de la démocratie qui au milieu du «feu», de la «flamme» et de la «boue» résistent à la dictature armée d'Abidjan avec tout le risque de se retrouver «au cimetière» que leur réserve Ahmadou Soumahoro et son Rdr (le maître du Dire bien l'appelait «rd'hier»).

 

Au nom de notre foi revient donc pour prendre sa part de lutte dans l'imbroglio politique servi avec arrogance et grand tintamarre aux Ivoiriens par les bombardiers démocratiques installés par la clique sarkozienne. Si le pape François nous invite à mépriser et fuir «la mondialisation de l'indifférence», nous devons comprendre que la lutte contre cette indifférence doit être combattue partout où elle s'installe. Laisser l'injustice et l'exploitation des pauvres prospérer surtout sous nos tropiques par peur de la dictature et de la racaille installées dans les palais présidentiels, c'est refuser d'assumer son existence. L'on existe que parce qu'il lutte. Pour moi, la lutte contre l’injustice et la dictature ennoblit l'homme. Le Christ nous invite à lutter contre ce qui animalise l'homme. Contre une spiritualité de pure émotivité nous devons opposer une foi plus engagée là où l'homme est confronté aux problèmes quotidien de la mort. Telle est la mission que le Christ et l'Eglise assignent à leurs serviteurs que sont les prêtres. Je me suis inscrit depuis longtemps dans la logique et la dynamique de cette mission. Et je ne suis pas prêt à abdiquer.

 

Je voudrais remercier et rassurer tous les lecteurs qui se sont inquiétés pour moi un moment. Votre émotion est le signe de l'intérêt que vous portez à mes modestes réflexions consignées hebdomadairement dans cette rubrique. Je n'oublie pas les responsables de Notre voie pour leur confiance sans faille et leur respect à ma modeste personne. A partir de ce samedi et tant que la force me le permettra, vous retrouverez votre rubrique bien aimée dans le journal que vous tenez en main et sur mon blog.

 

 

Le Mali et la Côte d'Ivoire

03/08/2013 00:26 par perekjean

  • Le Mali et la Côte d'Ivoire

    Le Mali et la Côte d'Ivoire

    03/08/2013 00:26 par perekjean

                                               Le Mali et la Côte d’Ivoire

     Le Mali et la Côte d’Ivoire seraient-ils des victimes parfaites de ce qu’on pourrait appeler « le syndrome du bon voisinage » ? Tout laisse à le penser et même à le croire. En effet, en dehors de leur histoire qui est quasi identique sur bien des aspects, surtout social, politique et économique, les événements récents qu’ils vivent ces dernières années tendent à les « concilier » davantage. Retenons simplement l’ambiance spéciale dans laquelle le peuple malien a été convié- certains diront contraint- à choisir son nouveau président le 28 juillet dernier. L’œil du profane que je suis me fait voir une similitude parfaite avec ce que nous avons vécu chez nous il y a trois ans. Comme nous, en effet, les maliens ont été contraints par la France à aller voter dans un pays divisé entre son nord et son sud ; dans un pays où les armes circulent encore au vu et au su de tous ; où de nombreuses personnes sont en fuite ou en exil ou déplacés à cause de la guerre; où une rébellion traumatise encore le peuple ; dans un pays envahi par une cohorte de soldats étrangers pompeusement appelés « soldats de la paix » et où une « opération serval » nous rappelle notre triste « opération licorne » dont on connaît maintenant sa vraie mission en Côte d’Ivoire. Peu importe, il fallait, coûte que coûte, que les maliens allassent voter pour « obtenir la paix » afin que le pays devînt « normal ». Ceux qui sont allergiques aux termes pourtant capitaux d’indépendance, de souveraineté, d’autonomie, de patriotisme, … souffriront encore de me lire à travers cette rubrique. Le Mali avait-il vraiment besoin, dans l’état dans lequel où il se trouve en ce moment, d’un « président démocratiquement élu » pour « conduire sa destinée ? D’ailleurs, de quelle destinée s’agit-il quand un peuple est dirigé de l’extérieur par une bande de « puissants » qui régente les pauvres. De quelle indépendance peut-on parler en Afrique quand c’est le président français himself qui fixe la date des élections maliennes, en dicte les modalités, dresse la liste des candidats, fournit les « moyens financiers et humains » et conduit les « opérations de vote » ? J’ai entendu dire de la bouche des autorités françaises que les maliens devraient tous, « pour la paix », accepter obligatoirement les « résultats de ces élections » quelles que soient les conditions dans lesquelles elles se dérouleront ! Un ami avec qui je suivais cette actualité s’est instinctivement écrié « foutaise » ! En réalité, comment les occidentaux peut-ils éperdument se foutre de nous de cette façon ? Qu’est-ce qu’ils ont de plus que nous, en terme d’humanité, pour qu’ils règlent ainsi nos problèmes ? Tout ceci nous ramène à la Côte d’Ivoire où le même décor était savamment planté pendant toute la période qu’a duré notre guerre de pauvres. En vérité, le Mali et la Côte d’Ivoire, ainsi que tout le pré carré français sont dans le collimateur, mieux dans le viseur et sous l’emprise de leur tuteur et « aumônier » français. C’est lui qui a droit de vie et de mort sur les ressortissants de ces pays, c’est lui qui règle leurs biens et leur vie selon sa propre vision. C’est lui qui dispose sa « destinée ». C’est toujours lui qui choisit leur chef et leur gouvernant pour en faire ses « sous-préfets ». L’approche du Noir par le Blanc pose toujours problème. La race noire est-elle un appendice des autres races ? L’Afrique noire est-elle condamnée à vivre sa relation avec l’Occident dans l’humiliation quotidienne et sur ses propres terres ? L’intrusion intempestive et dramatique de la France dans la vie quotidienne des peuples africains qu’elle domine pose toujours et de façon récurrente et cruciale le problème même de la souveraineté de ces peuples dominés et humiliés. Quel est le seuil ou le degré d’autonomie que l’Occident veuille bien accorder à l’Afrique noire ? Ces questions sont déterminantes pour construire désormais et comprendre les relations entre l’Occident, surtout la France et nous. La « protection de ses ressortissants et de ses biens » que la France évoque toujours dans les conflits en Afrique pour s’imposer davantage est une préoccupation qui nous humilie sur toute la ligne et sur tous les plans. Cette thématique française qui manque de charité envers les pauvres surendettés que nous sommes doit ouvrir l’intelligence de ceux de nos frères qui ont en main la « destinée » de leurs peuples que nous sommes et doit sonner pour nous comme le moment d’une libération véritable des chaînes occidentales. Le mal pour nous est que nous ne sommes pas assez conscients que nous sommes des peuples vivant à la périphérie des autres qui nous malmènent de mille manières. Notre pauvreté, qui devrait pourtant susciter notre orgueil et nous mobiliser, nous rend au contraire amnésiques et bien souvent inconscients, prédisposés à la courbette et à la mendicité chroniques. « La grande nuit » dans laquelle notre pauvreté nous plonge est, pour ma part, le premier obstacle à notre autonomie et indépendance véritables. Les siècles de domination et d’humiliation que nous subissons n’ont aucun impact sur notre réflexion et notre agir. L’Occident, qui prétend être maître de notre « âme » et de notre « psychologie » profite de notre tiédeur pour éterniser et endurcir sa domination. Les cas de la Côte d’Ivoire et du Mali sont révélateurs d’une pathologie grandissante qui risque, dans un avenir très proche, d’emporter d’autres peuples embrigadés par l’Occident avec la bénédiction malveillante et inconsciente de certains de nos « frères » qui n’ont d’autre destinée que la rondeur de leur ventre. Nous ne cesserons jamais de dire qu’il nous faut, sous nos tropiques, une génération consciente qui brave tous les dangers et se rend capables de prendre les choses en main.